Hong Kong · N° 03 sur 05 · 8 min de lecture

Le chariot de dim sum en 2026

Le chariot est toujours là. C’est la première chose à dire. Il y a eu une période — environ 2015 à 2022 — où le consensus des plumes culinaires hongkongaises était que le chariot traditionnel disparaissait. Le système à iPad, lui non plus, ne fait pas la matinée.

By Mei Wong · Hong Kong · Issue 47, Feature 03

I. Ce que fait le chariot

Le chariot fait plus que livrer la nourriture. Le chariot est le principe organisateur de l’expérience du yum cha — le verbe qui désigne le repas de dim sum, et qui signifie « boire le thé », ce qu’est en vérité ce repas avant d’être les har gow et les siu mai.

Le chariot arrive à la table avec sa cargaison de paniers en bambou, et l’échange entre la serveuse et la convive est la substance du repas avant même qu’on n’y porte la première bouchée. La serveuse annonce ce qu’il y a sur le chariot. Vous acceptez ou refusez. Vous composez votre repas avec ce qui passe.

Le chariot porte aussi l’information de ce qui est bon aujourd’hui. La serveuse qui pousse le chariot des har gow le pousse depuis 7 h du matin et sait si la fournée est excellente ou seulement correcte. L’iPad ne porte pas cette information.

II. Ce qui a disparu

Le chariot des tartelettes aux œufs. Dans les meilleurs restaurants de dim sum de Hong Kong dans les années 1990, la tartelette aux œufs était le dernier chariot de la matinée — le signal que le repas touchait à sa fin. La tartelette aux œufs en 2026 existe encore ; ce qui a largement disparu, c’est le rythme.

Le chariot du char siu bao a aussi changé. Le char siu bao cuit au four traditionnel — le petit pain laqué fourré au porc rôti, servi depuis un chariot dédié — a été dans bien des restaurants consolidé sur des chariots généralistes. L’économie du chariot a modifié la spécificité de sa cargaison.

III. Ce qui a survécu

Le har gow. Le ravioli à la crevette enveloppé d’une pâte translucide à la farine de riz, plissé d’un seul côté. La pâte doit être assez fine pour qu’on devine la crevette à travers. Le har gow qui manque à l’un de ces critères est une cuisine en laquelle on ne peut avoir confiance.

Le siu mai. Le ravioli ouvert porc-crevette, moins exigeant que le har gow mais demandeur d’équilibre. Le cheung fun. Rouleaux de pâte de riz — fins et souples. Gâteau de navet — lo bak go — cuit à la vapeur puis poêlé à la minute, croustillant dehors, tendre dedans.

IV. La matinée

Le yum cha est un repas du matin. Les restaurants de dim sum hongkongais ouvrent à 6 ou 7 h ; le pic est entre 10 h et 11 h, lorsque la salle est pleine, que tous les chariots roulent en même temps et que le niveau sonore est notable.

Le thé se commande en premier, avant tout plat. Laissez le couvercle entrouvert comme signal pour qu’on rapporte de l’eau. Si vous versez le thé, servez les autres avant vous-même. La nourriture est l’occasion de la table. La matinée est ce pour quoi la table existe.

Recipe — Har Gow · 蝦餃

Mei Wong · Hong Kong · pour 24 pièces · 90 minutes

La pâte

La farce

The method

  1. La farce. Mélangez tous les ingrédients de la farce, remuez dans un seul sens 2 minutes jusqu’à ce que ça lie, mettez 30 minutes au frais.
  2. La pâte. Mélangez l’amidon de blé, la tapioca et le sel. Versez l’eau bouillante d’un coup, remuez vigoureusement. Ajoutez la matière grasse. Pétrissez 5 minutes jusqu’à obtenir une pâte souple.
  3. Roulez la pâte en boudin, coupez 24 morceaux, couvrez d’un linge humide.
  4. Aplatissez chaque morceau entre deux lames de couperet huilées en un rond fin d’environ 7 cm.
  5. Déposez 1 cuillère à café bombée de farce au centre. Plissez un côté 18 fois contre le côté plat, scellant en demi-lune. Placez sur du papier dans un panier en bambou.
  6. Cuisez à la vapeur sur eau bouillante à gros bouillons 7 minutes, couvercle fermé. La pâte deviendra translucide.
  7. Servez aussitôt, dans le panier.

About the contributor

Mei Wong

Mei Wong écrit sur la culture du dim sum hongkongais depuis Hong Kong. Elle est à la table du yum cha depuis qu’elle sait tenir une baguette.

Editor’s notes — the longer view

Une note sur le chariot. Les défenseurs de l’iPad disent qu’il est plus hygiénique, plus efficace, plus exact. Les trois sont vrais. Ce qu’il n’est pas, c’est génératif. Le chariot produisait des repas que vous n’auriez pas commandés si on vous avait demandé à l’avance.

Une note sur le thé. Pu’er, chrysanthème, jasmin, tieguanyin ou shou mei — le choix est la première décision et la plus importante. Le pu’er coupe le gras des fritures. Commander le thé avant la nourriture n’est pas une formalité ; c’est le repas qui commence.

Une note sur le panier. Le panier en bambou n’est pas un choix esthétique. Le bois absorbe l’excès d’humidité et empêche que la peau des raviolis ne devienne gluante. Le bois travaille.

Une note sur la cuisine. Une cuisine sérieuse de dim sum possède un poste dédié au har gow — un cuisinier confirmé qui ne fait rien d’autre de toute la matinée. Les 18 plis demandent des années pour être pliés à la cadence. Le har gow, c’est le diplôme.

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